Lors de notre concours de printemps, en mai 2016 nous étions nombreux et nombreuses à discuter de nos besoins, nos attentes et nos insatisfactions à propos de notre filière d’alpagas et à se demander comment mieux répondre aux questions de tous ceux et celles  qui s'interrogent.Notre juge néo-zélandais, Nic Cooper s’est exprimé là-dessus de manière fort intéressante car il est déjà « passé par là » dans son pays, avec la création de plusieurs associations. Il a en plus la connaissance de plusieurs autres pays et des étapes qu’ils ont dû passer pour finalement trouver un fonctionnement stable et efficace. Ici, il partage avec nous ses réflexions sur la situation en France et les chemins ouverts à nous ......

  Reflections - On Registries and Associations - Read this article in english

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Les Registres et les Associations

Ces deux sujets sont parmi les plus controversés dans le monde des alpagas depuis 25 ans.  Ils provoquent encore des remous dans les pays occidentaux (USA., Australie et Nouvelle Zélande), en grand mesure parce que

  • Tout le monde n’est pas du même avis à leur propos
  • Certaines gens en ont peur (est-ce que mes alpagas feront bien ?)
  • Certaines gens voudraient en profiter (s’assurer que mes alpagas fassent bien !)
  • Nul pays n’a véritablement trouvé les vraies solutions.

Depuis plus de 25 ans, j’ai été continuellement concerné par ces deux sujets, et ayant été tout ce temps impliqué dans les débats les concernant, je voudrais partager quelques idées avec les éleveurs d’alpagas en France.

Les Associations

Pratiquement toutes les Associations reconnues à travers le monde ont commencé comme des associations communes de lamas et alpagas.  À un point donné dans l’évolution de la filière alpaga, les éleveurs d’alpagas ont décidé de se séparer de l’association commune.

Pourquoi ? Il y a plusieurs réponses, mais à la base, c’est le fait que les lamas et les alpagas, bien que de la même famille, ont des fonctions très différentes et sont pour cette raison achetés par différents  types de personnes.

Les lamas sont fondamentalement (et je sais que je vais fâcher certains propriétaires de lamas) des animaux domestiques. Ils portent des charges pour les gens et ont un usage thérapeutique. Je sais qu’on peut obtenir de la laine des lamas. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils sont élevés et, excusez-moi, ce n’est pas une très bonne laine. Les lamas n’ont jamais été un « investissement » comme dans le commerce des alpagas.  Les lamas n’ont jamais eu un fort profil de cheptel sélectionné (avec des prix élevés, variables et soumis aux modes). Les propriétaires de lamas se contentent d’avoir des lamas, et de se rencontrer pour en parler.

Au contraire, après avoir dépensé une grosse somme en achetant ou important des alpagas de qualité, les propriétaires d’alpagas  à la mode veulent en obtenir un assez rapide retour sur investissement. Ils attendent de leur association des choses très différentes. Ils attendent une promotion de leur activité. Ils veulent que le profil des animaux soit mis en valeur. Ils veulent une promotion de leur production de laine. Ils veulent un « registre ».

Habituellement les lamas étaient « les premiers arrivés », mais à mesure que le contingent des alpagas grossit, inévitablement  cela provoque des troubles. Même si le comité en charge les gère au mieux, il se produit des désaccords. Parfois amiables, mais plus souvent acerbes. Après quelques années, les désaccords sont considérés, à la réflexion, comme raisonnables, et les propriétaires de lamas et d’alpagas redeviennent amis.

Donc, là où je veux en venir est : cela va arriver tôt ou tard. Au moment opportun, allez de l’avant. Gérez les choses le plus amiablement possible. Et redevenez amis pour travailler ensemble quand il y a un intérêt commun (par exemple pour l’exportation, les soins vétérinaires, les expositions publiques).

Au cours des quelques dernières années nous avons tenu des stands de vente à la plus grande exposition publique de Nouvelle Zélande conjointement avec des lamas. Il n’y a pas de conflit. Les animaux ont habituellement leur propre clientèle et on m’a entendu recommander  les lamas au lieu des alpagas quand c’est dans l’intérêt des clients.

Une association d’éleveur d’alpagas en France

Même à l’intérieur de la communauté des alpagas, il n’y a pas des buts commun.

Demandez aux gens pourquoi ils élèvent des alpagas, les réponses varieront :

  • Comme animaux domestiques (réponse honnête)
  • Pour la laine (bonne réponse publicitaire, mais n’attendez pas réellement avoir un retour sur investissement)
  • En élevage de sélection (élever des alpagas pour les vendre à d’autres gens qui élèvent des alpagas pour les vendre à d’autres gens qui… etc.)
  • Mise en spectacle pour le plaisir avec des rubans (autre réponse honnête)
  • Pour la viande et les peaux (le seul véritable secteur à retour économique­ — mais probablement pas en France, pour encore quelques années)

Ces réponses peuvent être regroupées en trois sortes :

  • Animaux familiers
  • Commerce
  • Reproducteurs d’élite

Aussi quand vous fondez une Association Alpaga vous avez à définir des buts et objectifs relatifs à ces trois catégories. Toutes les trois doivent être traitées sérieusement par le Comité.

La catégorie « animaux domestiques » est probablement fort bien satisfaite par l’association commune des alpacas et des lamas. Mais pas les deux autres catégories.

Quelles sont les quatre choses nécessaires pour commencer une association ?

  • Une section « Promotion » pour promouvoir (vendre) le « concept », pas l’animal individuel)
  • Une section  « production de laine »
  • Une section « élevage » (centrée sur les Registres)
  • Une section « santé » (centrée sur le bien-être des animaux)

Mais on peut peut-être parler de ces questions plus tard, quand nous aurons traité la partie « concept » ?

Les Registres

Une des premières choses qu’une Association Alpaga doit faire est de créer un Registre.

Le Registre finance l’association et permet de maintenir les cotisations des participants à un niveau plus bas. Bien vendu, il lie aussi les gens à l’association aussi peu performante soit-elle (!) (vous ne pouvez pas quitter l’Association, car elle détient le Registre, dont vous avez besoin).

Les USA seulement ont eu un Registre distinct de l’Association. Cela rendait l’Association plus faible, et permettait à quelques grands éleveurs de contrôler le Registre, ce qui n’est pas nécessairement dans l’intérêt long terme de la filière.

Mais outre ces motivations de contrôle et de finances du Registre, il est important pour les éleveurs d’alpagas.

Les registres peuvent avoir plusieurs formes :

  • D’abord juste un recensement
  • Puis une base ouverte de données de la généalogie des alpagas
  • Puis une vérification par l’ADN de cette base de données
  • Puis  des critères d’entrée (« screening » *)  pour le registre
  • Puis une base de données d’ADN de  la généalogie des alpagas, de leur conformation et de leur laine
  • Jusqu’à une base de données d’ADN comme ci-dessus, accompagnée d’un système des Valeurs d’Élevage d’Alpagas**.

Le premier est bon marché et facile à gérer. Mais il offre peu en retour. Les deux derniers sont chers, très ouverts à controverse, mais offrent un complet outillage de gestion.

Si vous élevez des animaux de compagnie, vous n’avez sans doute pas besoin d’un registre. De toute façon, le gouvernement français vous impose un registre de recensement.

Si vous êtes un commerçant,  vous n’avez sans doute pas besoin d’être SUR un registre plus sophistiqué. Mais vous avez besoin d’en EMPLOYER un pour sélectionner au mieux vos mâles reproducteurs ou améliorer votre programme de remplacement/renouvellement de femelles. Et si vous avez accès aux « Valeurs d’Élevage », vous avez un excellent outil de sélection, et vous pouvez aussi analyser les caractéristiques de votre propre troupeau, et affiner vos objectifs d’élevage.

Si vous êtes un éleveur de reproducteurs d’élite, alors un Registre est vraiment nécessaire.  Car vous avez besoin d’offrir à vos clients une description entière et (de préférence) indépendante des alpagas que vous vendez pour une forte somme.

Un registre des alpagas en France ?

La toute première question est : voulez-vous un Registre d’alpagas français ?

Si la réponse est oui, il existe déjà plusieurs registres d’alpagas. Voulez-vous vous joindre à l’un d’eux, ou établir votre propre registre à partir de rien ?

La langue, et le contrôle financier sont deux facteurs clés pour ce choix.

Un bref aperçu :

  • Registre allemand. Bien trop compliqué et détaillé. Il prescrit le type d’alpaga que vous pouvez élever, alors que tous les éleveurs n’ont pas le même but. Si un Allemand désirait élever des alpagas  pour faire de la moquette haut de gamme, alors son alpaga idéal ne sera pas accepté sur le Registre allemand.
  • Registre US. Un des registres les plus sophistiqués et pleinement ADN (bien que des audits aient montré qu’une grande quantité des données de base est corrompue). Les USA ne seraient certainement pas intéressés à héberger un autre registre.
  • Registre du Benelux : Je dois avouer un manque d’information à ce sujet. En tout cas, la langue ne serait pas un problème. ( ??Ndlr)
  • LAREU (registre européen des lamas et alpagas) : à peine plus qu’un recensement (mais cela pourra peut-être changer prochainement ... Ndlr)
  • British Alpaca society Registre. Un registre réussi et bien construit. Incertitude quant à son degré de sophistication dans les caractéristiques haut de gamme. Est-ce qu’un registre britannique serait acceptable en France ? Ce serait raisonnable étant donné qu’un grand nombre des alpagas en France ont leurs sources dans ce registre.
  • Registre international (Australie et Nouvelle Zélande, plus quelques autres pays) : je connais mieux ce registre et je l’apprécie. Il a commencé à introduire l’ADN, le « screening » obligatoire pour les males reproducteurs, et le « screening » optionnel pour les femelles (mais seulement selon la conformation, permettant d’inclure tous les buts en production de la fibre). Mais il reste tout inclusif dans le sens que les alpagas dont les deux parents sont sur le registre peuvent être inscrits.

Je laisse plus de questions que de réponses. Mais c’est bien, parce qu’il revient aux propriétaires français d’alpagas de prendre leurs décisions à propos du registre.

Je suggère qu’on commence par l’Association. Rassemblez quelques bonnes personnalités enthousiastes de la Section « élevage »,  qui puissent commencer à chercher ce qui est possible en fait de registres, et quelles caractéristiques vous désirez.

Et en même temps essayez de mettre le gouvernement sur la même ligne de façon à ne pas vous trouver aux prises avec un Registre des Chevaux qui serait pire qu’inutile.

Nic Cooper

* « screening » = vérification d’un animal sur tous les points physique (des oreilles aux ongles) et sur la qualité de la fibre, dans le but de l’accepter ou non dans le registre.  Le passer au crible !! (Nous avons décidé de garder le mot anglais. Ndlr)

**Le système « Valeurs d’Élevage d’Alpagas » et une compilation de données collectés dans un grand nombre d’élevages (en Australie et dans les USA) qui permet à comparer la prépotence des mâle reproducteurs   à travers les statistiques de leurs progéniture. (Ndlr)