Une jeune française, Mélanie Ducroq, saute sur l’occasion d’aller en Angleterre pour travailler sur un des plus grands élevages d’alpagas. Elle nous raconte ses aventures ….

 

 

Après avoir étudié ce qu’est un élevage dans le modèle traditionnel français, j’ai appris ce qu’était un élevage d’alpagas.

Lors de mes études agricoles, j’ai fait mon stage de Brevet de Technicienne Supérieure en Production Animales chez Madame Gillian Howard-Evieux, qui élève des alpagas à la Grange Mynas , dans la Loire, à Saint-Chamond.
Pendant ces deux mois de stage, Gillian m'a transmis sa passion pour un métier enrichissant aux côtés des alpagas, dans cet endroit que je surnomme « son petit coin de paradis ».

C’est en totale confiance et connaissance de mes acquis et de ma personne qu’elle m'a recommandé à l'un de ses amis d'Angleterre qui cherchait à couvrir un congé maternité, au sein d’un élevage de 850 toisons sur pattes.

Mes 22 mois (février 2013- décembre 2014) sur le territoire britannique furent aussi riches de découvertes que satisfaisants, et je peux dire que cette expérience en immersion m'a véritablement conquise.

De surprise en surprise

Premier jour de travail et me voilà face à mon premier groupe, environ deux-cents femelles gestantes. Impressionnant par le nombre et par la qualité de l’accueil de celles-ci. Puis un groupe de machos d’environ quarante têtes. Dès ces deux groupes nourris et surveillés, le rythme était donné.

Le tour et l’alimentation matinale ne cessèrent de me surprendre, tant par le nombre d’animaux, mais aussi par la qualité du rapport homme/animal que je pensais moins familier, que par une gestion à la fois simple d’aspect mais très organisée à la fois.

Avec  850 animaux, de tailles, d’âges, de stades physiologiques et de caractères différents, tout devient plus réel, plus technique et chaque acte plus professionnel de par cette diversité.  Il faut apprendre vite et bien à agir efficacement  et à réagir aux aléas qui se présentent à vous.

Avant de faire venir un groupe, il faut tout d’abord regarder les dates des derniers soins, préparer les lieux, le matériel, la contention et préparer le chemin qu’ils utiliseront. Les groupes étant d’environ quarante animaux, la moindre erreur ou étourderie fait peut faire perdre beaucoup de temps !

Puis vint la saison des criations (naissance des bébés, les crias). Mon premier bébé pointa le bout de son nez le 28 avril 2013, une émotion si forte que je m’en souviendrai toute ma vie ! Cette petite demoiselle prit par la suite le nom de Private Dancer.

Des naissances hautes en couleur

Ensuite les naissances s'enchaînèrent, jusqu’à 125 cette année-là, en l’espace de 4 mois. Dans la masse de toutes ces mises-bas, il y en a forcément certaines dont on se souvient plus que d’autres. Un matin alors que je faisais mon tour pour nourrir et surveiller les naissances, je vis par exemple une femelle en train de mettre bas. Après avoir effectué les premiers soins du petit, c’est-à-dire pesée, séchage et nettoyage du cordon, j'allais l’enregistrer dans le registre des naissances quand on me dit que ça n'était pas possible car la mère a avorté 3 mois avant. Étant sûre de moi et de la mère, je vérifiai quand même une deuxième fois. Pas d'erreur. Mais alors qu'avait-il donc bien pu se passer ? Nous avons en fait compris plus tard que la femelle avait porté des jumeaux mais n’avait avorté que d’un seul, quelques semaines plus tôt. Le second étant lui bien vivant.

Une autre anecdote, moins risible sur le coup, eut lieu un matin, en arrivant au travail. Comme à mon habitude, mon premier réflexe fut de vérifier s'il y avait des femelles en train de mettre bas, car on le sait tous, les alpagas mettent bas le matin. Et là, problème, bien évidemment ce n’était pas une femelle, mais deux occupées à mettre bas en même temps, et pour compliquer le tout, déjà trois autres petit étaient nés quelques heures auparavant. Cerise sur le gâteau, icing on the cake  (glaçage sur le gâteau comme disent les Anglais), tout ce petit monde était bien évidemment… blanc, et se baladait sur ses grandes pattes de cria ! Allez donc retrouver qui était la mère de quel petit !

Les naissances difficiles font aussi partie de celles dont on se souvient longtemps... Je me souviens de cette femelle que nous avons dû aider à mettre bas car son petit était trop gros… le plus gros bébé des deux saisons que j'ai passées en Angleterre : 10,5kg ! Quant au plus petit, il ne pesait que 4,6kg. Heureusement, tout ce petit monde a survécu...

La découverte de toute une filière

Le temps passant, j'accumulai les connaissances sans même m'en rendre compte et c'est ainsi que je me surpris moi-même, et mes coéquipiers également, à connaître le prénom et la génétique de chaque animal, ainsi que sa couleur, son caractère, ses gains en concours. Ces connaissances furent notamment utiles lors des ventes aux enchères nommées "Alpaca Classic", auxquelles j’ai participé en 2013 et 2014.

Ce weekend fut fantastique à plus d'un titre. J’eus notamment l'occasion d'assister à des conférences sur le marché de la laine, sur la filière et son devenir, sur les soins et maladies des alpagas, sur la reconnaissance et la comparaison des toisons, sur la génétique, bref, sur tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la filière alpaga. J’eus également l'occasion de présenter des animaux lors de ventes aux enchères, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Le plus étonnant, et le plus réjouissant fut sans doute de baigner dans un mélange de culture et de passion pour l'alpaga pendant tout un weekend. Tant de clients et d'éleveurs, venus de toute l'Europe, tous unis pour un petit animal laineux!

Un bilan positif

Au-delà de la fierté que j’ai eu à m’exprimer, me faire comprendre et ainsi discuter et expliquer, en anglais « of course », cette péripétie qui m’a amené là-bas, j’ai également découvert l’engouement des autres pour le devenir de cette filière et de ce type de métier, qui pour des passionnés, n’est pas pris comme un métier mais plutôt comme un plaisir au quotidien.

Entre tonte, parage, nettoyage, saillies, entraînement de marche au licol, séances photo, vermifuge, vaccins, castration, mise-bas, sevrage, concours, gestion d’élèves vétérinaire en stage et toutes les autres manipulations sur les animaux, le calendrier et les planning étaient pleins, et il y avait toujours à faire.

Grâce à cette merveilleuse expérience, j’ai appris à travailler en autonomie sur un grand élevage, à planifier et à gérer mon propre travail et l’élevage en lui-même. J’ai fini par devenir, pour ainsi dire, responsable d’élevage sur un troupeau de 850 animaux.

Cela m’a également permis d’apprendre l’anglais couramment, qui est très pratique dans ce domaine, mais aussi à mieux me connaître et à appréhender mes capacités d’adaptation, de travail, et d’ambitions.

De plus, j’ai validé mon intuition de départ et je sais désormais que je veux exercer ce métier-passion. Car une chose est sûre, dans ce type d'élevage dit rare ou exotique, la passion, l’ambition et l’envie d’aller de l’avant sont primordiales.

Lors de mon premier stage chez elle, Gillian m’a transmis son virus et sa passion, qui n'ont fait que croître en Angleterre.

Je pense réellement que c’est grâce à de tels échanges que les jeunes passionnés peuvent apprendre le métier, continuer de croire en leurs rêves et réaliser leurs ambitions.