Depuis l'automne dernier, lorsque les rédacteurs d'Alpaga Attitude ont découvert l'existence de nouveaux cas de FCO en France à l'occasion de discussions avec les organisateurs du Commice de Feurs,  on a beaucoup entendu parler de la FCO et des restrictions et précautions qu'elle impose à de nombreux éleveurs.  
​Vaccination, sérotypes, animaux concernés, Alpaga Attitude vous propose un petit décryptage en compagnie du Dr vétérinaire Vanessa Fuks, pour bien comprendre le phénomène.

Qu'est-ce que la FCO ?

La Fièvre Catarrhale Ovine ou maladie de la langue bleue est une maladie virale non transmissible à l’homme qui touche les ruminants domestiques et sauvages. Auparavant plutôt présente dans les zones subtropicales affectionnées par son vecteur, le réchauffement climatique ainsi que la mondialisation ont eu pour effet d'élargir la zone où cette maladie sévit.
 

Est-ce une maladie grave ?

La sévérité de la maladie est fonction de l’espèce animale infectée. Les symptômes les plus graves touchent les camélidés, parmi lesquels on peut citer lésions buccales entraînant  perte de poids, chute de la production de laine, avortement, anomalies fœtales et mortalité. Chez les alpagas très sensibles, la morbidité (nombres d'animaux sains atteints par une maladie) peut atteindre 100%. La mortalité (nombre de bêtes malades qui succombent à la maladie) varie entre 2 et 30% en moyenne mais peut aller jusqu’à 70%.
 

 Comment se propage la FCO ?

L’infection se transmet par de minuscules insectes piqueurs, difficilement visibles à l'oeil nu, appartenant à certaines espèces du genre Culicoides.  Ils transportent le virus responsable de la maladie, qui fait lui partie de la famille des Réoviridés.
Vingt-quatre sérotypes différents ont été identifiés et le pouvoir pathogène du virus varie considérablement d’une souche à l’autre. En France, lors des deux dernières épidémies, les souches 1 et 8 étaient incriminées. La vaccination doit être orientée spécifiquement vers le sérotype responsable sinon elle est inefficace.
 

Quel est le protocole de vaccination pour les alpagas?

La vaccination se fait en deux étapes: une première injection avec un deuxième ‘rappel’ trois semaines plus tard. 
 

La vaccination présente-t-elle un risque pour les animaux reproducteurs ?

Il est difficile de répondre à cette question. D'une part parce que les fabricants de vaccins sont évasifs sur la question et d'autre part parce que les vaccins ont été développés pour des animaux jeunes et destinés assez rapidement à l'abattoir. De ce fait l'impact sur la reproduction n'a pas vraiment été étudié. Des cas d'avortements chez des bovins vaccinés ont été constatés, sans pouvoir prouver que cela était dû à la vaccination elle-même. Ainsi, mieux vaut être prudent et vacciner avant la saillie quand c'est possible.  
 

Qu'est-ce qu'une zone de restriction ?

Les zones de restrictions correspondent à des périmètres de sécurité, déterminés par le Ministère de l'Agriculture en fonction des cas de maladie signalés par les DDPP (Directions Départementales de Protection des Populations). En fonction de l'évolution de l'épidémie il peut y avoir des zones de plusieurs couleurs ou non, chaque couleur correspondant à un niveau de contrainte différent :
  • Zone Rouge: périmètre interdit. Régions de 20km autour d’un foyer de virus confirmé. Ici, tout mouvement d’animaux est interdit. Si des animaux venus de l’extérieur y entrent, ils ne peuvent plus ressortir.
  • Zone Orange: périmètre de protection, 100km autour des foyers du virus confirmés.  Les animaux situés dans cette zone peuvent bouger à l’intérieur de la zone à condition d’insectiser l'habitacle du véhicule qui les transporte.  Pour quitter la zone orange, les animaux doivent être vaccinés.
  • Zone Jaune:  périmètre de sécurité, 150km autour des foyers du virus confirmés, rassemblements d'animaux interdits.
Bien entendu ces mesures sont indicatives et évoluent en fonction de la propagation du virus et des directives du Ministère. Selon un communiqué du Ministère de l'agriculture datant du 8 janvier, au 30 décembre 2015, 149 cas de FCO avaient été détectés dans le centre de la France. A l'heure où nous rédigeons cet article il n'existe plus en France qu'une seule et vaste zone règlementée (cf. carte ci-dessous)
 
 
Enfin, il est intéressant de noter que la zone réglementée, à l’exception du département de l’Aude, se trouve désormais en situation d’inactivité vectorielle (période où les insectes vecteurs de la maladie ne sont pas actifs), et ce depuis le 5 janvier 2016.

Quel impact sur le monde agricole ?

Dans les pays où la fièvre catarrhale du mouton est endémique, l’impact se traduit essentiellement par des déficits commerciaux dus aux restrictions et au coût de la surveillance, des contrôles sanitaires et de la vaccination. La fièvre catarrhale du mouton est une maladie répertoriée dans la liste des maladies du Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et doit à ce titre faire l’objet d’une notification obligatoire auprès de l’OIE (Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’OIE).
 

Qu'en est-il des alpagas ?

En 2009, un élevage d’alpagas d’Auvergne a été dans les premiers affectés par le virus. L’épisode de cette année gagne du terrain partout en France. Il devrait être stoppé par l’hiver qui tue les insectes (enfin si l’hiver est assez froid !) puis il reprendra au printemps. 
La vaccination est le seul moyen de protéger efficacement les alpagas mais malheureusement, n’étant pas des « animaux de rente » à proprement parler en France, et le nombre de vaccins étant limité et réservé aux animaux destinés à l’exportation, aux foires agricoles et autres, il est difficile de s’en procurer.  Pourtant, ne pas protéger les camélidés n'est pas forcément un bon calcul car ils sont très sensibles au virus et représentent une source de contamination pour les autres espèces. C’est pourquoi il est urgent que les camélidés soient reconnus comme des animaux de rente à part entière, afin de bénéficier totalement des programmes de lutte contre des maladies auxquelles ils sont sensibles au même titre que les autres ruminants. 
 
Nous espérons vous avoir aidés à y voir plus clair concernant cette maladie. S'il vous reste des questions sur le sujet, n'hésitez pas à les poser dans le Forum !